Arts, culture et lecture · CM1
La bande dessinée en classe : lire, puis fabriquer
Mettre la bande dessinée en classe primaire au service de la lecture et de l’écriture. On repart avec une séquence CM1 pour lire des planches, comprendre leurs codes, puis fabriquer une courte BD.
- Identifier les éléments d’une planche : case, bande, bulle, cartouche, onomatopée.
- Comprendre un récit en reliant texte, image, cadrage et enchaînement des cases.
- Écrire un court scénario adapté à une bande dessinée.
- Produire une planche lisible en respectant quelques codes du genre.
- Plusieurs planches de bande dessinée photocopiées ou projetées, issues du fonds de classe ou de la bibliothèque.
- Feuilles A4 blanches, feuilles quadrillées, crayons à papier, gommes, feutres fins.
- Étiquettes avec le vocabulaire : case, bande, planche, bulle, cartouche, onomatopée.
- Gabarits de planches avec 4 à 6 cases pour aider au découpage.
Le déroulé
- Entrer par la lecture d’une planche (séance 1, 45 min) : l’enseignant projette une planche sans donner de consigne longue. Les élèves observent, puis répondent à l’oral. Consigne : « Regardez la planche en silence. Cherchez ce que l’on comprend sans lire tous les mots. » On fait émerger personnages, lieu, problème, ordre de lecture.
- Nommer les codes de la bande dessinée (séance 1, 30 min) : l’enseignant distribue une planche annotable. Les élèves entourent les bulles, numérotent les cases, repèrent les cartouches et les onomatopées. Consigne : « Trouvez les éléments qui servent à raconter l’histoire. Écrivez leur nom quand on l’a validé ensemble. »
- Comprendre comment image et texte travaillent ensemble (séance 2, 45 min) : l’enseignant masque quelques bulles ou quelques images. Les élèves infèrent ce qui manque, puis justifient avec les indices de la planche. Consigne : « Complétez ce qui manque, mais chaque proposition doit s’appuyer sur un indice visible. »
- Préparer un court scénario (séance 3, 45 min) : l’enseignant impose une situation simple, par exemple un objet perdu, une rencontre, une surprise à la récréation. Les élèves écrivent le récit en 4 à 6 moments. Consigne : « Une case raconte un moment. Écrivez une phrase par case avant de dessiner. »
- Fabriquer la planche (séance 4, 60 min) : les élèves choisissent un gabarit, placent les personnages, puis ajoutent bulles, cartouches et bruitages. L’enseignant circule avec une grille courte : ordre de lecture, compréhension, taille des bulles, lien texte image. Consigne : « Avant de colorier, vérifiez que quelqu’un peut comprendre l’histoire sans explication. »
- Lire et améliorer (séance 5, 45 min) : les élèves échangent leur planche avec un binôme lecteur. Le lecteur dit ce qu’il a compris et pointe un endroit confus. Consigne : « Lisez la BD d’un camarade. Notez une chose claire et une chose à améliorer. » L’auteur corrige un élément précis.
Pourquoi la bande dessinée mérite une vraie place en CM1
La bande dessinée n’est pas une lecture allégée. Elle demande une activité de lecteur très précise. On lit des mots, mais aussi des images, des blancs, des cadrages, des gestes, des regards. Un élève qui comprend une planche met en relation plusieurs indices à la fois. Il suit l’ordre des cases, repère qui parle, comprend ce qui se passe entre deux images, interprète une expression de visage, anticipe la suite.
En CM1, ce travail est particulièrement utile. Les élèves savent déjà lire des textes narratifs, mais certains restent fragiles dès que l’implicite augmente. La bande dessinée rend visible une partie de cet implicite. Elle permet de travailler la chronologie, les intentions des personnages, les ellipses et le point de vue sans passer uniquement par un long texte. Elle donne aussi accès à des œuvres plus ambitieuses, car l’image soutient l’entrée dans le récit.
Il faut pourtant éviter un piège courant : croire que l’image explique tout. Une planche se lit avec méthode. Un élève peut regarder les dessins sans comprendre l’histoire. Il peut aussi lire toutes les bulles sans saisir le mouvement général. Le rôle de la classe est de faire ralentir le regard, de nommer les choix de l’auteur et de transformer une impression en interprétation argumentée.
La fabrication d’une courte bande dessinée prolonge naturellement cette lecture. Quand on doit créer une planche, on comprend mieux ce qu’est une case utile, une bulle nécessaire, un cadrage efficace. Les élèves découvrent que dessiner “bien” n’est pas le centre du travail. Il faut surtout raconter clairement. Un personnage bâton peut fonctionner si l’action, la parole et l’enchaînement des cases sont lisibles.
Lire une planche : apprendre à regarder dans le bon ordre
Avant de demander une production, on gagne à installer quelques habitudes de lecture. La première est très simple : lire toute la planche une première fois sans commentaire, puis revenir case par case. Cette double lecture évite deux excès. Certains élèves se précipitent sur les bulles et ignorent les images. D’autres regardent les dessins et ne lisent pas les paroles. La planche demande les deux.
On peut construire un vocabulaire commun, sans transformer la séance en cours technique. Quelques mots suffisent au départ : case, bande, planche, bulle, cartouche, onomatopée, premier plan, arrière-plan. Ces mots servent à parler de ce qu’on voit. Ils ne sont pas une liste à apprendre pour elle-même.
| Élément observé | Question utile en classe | Ce que cela fait travailler |
|---|---|---|
| La case | « Qu’est-ce qui a changé depuis la case précédente ? » | Chronologie, ellipse, causalité |
| La bulle | « Qui parle ? À qui ? Comment le sait-on ? » | Dialogue, pronoms, inférences |
| Le visage | « Quelle émotion peut-on justifier avec le dessin ? » | Interprétation, vocabulaire des émotions |
| Le cadrage | « Pourquoi voit-on ce détail et pas le reste ? » | Point de vue, importance narrative |
| Le blanc entre deux cases | « Que s’est-il passé entre les deux images ? » | Implicite, formulation d’hypothèses |
Un travail fécond consiste à masquer certaines bulles. On lit les images seules, puis on propose ce que les personnages pourraient dire. Ensuite, on découvre le texte original et on compare. L’enjeu n’est pas de deviner exactement. Il est de vérifier si une proposition respecte la situation, l’attitude des personnages et la suite du récit.
On peut aussi faire l’inverse : donner le texte des bulles sans les images, puis faire imaginer les cases. Les élèves comprennent alors que la bande dessinée ne se contente pas d’illustrer un texte. Elle choisit ce qu’elle montre, ce qu’elle cache et ce qu’elle laisse au lecteur.
Fabriquer une planche : raconter avant de décorer
La fabrication devient plus solide si l’on sépare nettement les étapes. D’abord, on cherche l’histoire. Ensuite, on découpe en moments. Puis on rédige les paroles. Le dessin arrive quand la narration tient déjà debout. Cette organisation rassure les élèves qui pensent ne pas savoir dessiner. Elle limite aussi les productions très décorées mais difficiles à lire.
Pour une première production en CM1, une contrainte courte aide beaucoup : une situation, un problème, une résolution. On peut viser une planche brève, avec un nombre limité de cases. La contrainte oblige à choisir. Elle évite les récits qui s’étirent, les scènes qui se répètent et les dialogues interminables.
Partir d’un récit connu
Transformer un épisode déjà lu en bande dessinée permet de se concentrer sur le découpage. Les élèves n’ont pas à inventer tout l’univers. Ils doivent choisir les moments essentiels. Cette variante convient bien quand la classe travaille une œuvre en littérature. On demande : quelles scènes sont indispensables pour comprendre ? Quelle phrase mérite une bulle ? Quel passage peut disparaître sans perdre le sens ?
Le risque est de produire une illustration ligne à ligne. Pour l’éviter, fais verbaliser les choix. Une page de roman ne devient pas une case après l’autre. Il faut sélectionner. Une action importante peut prendre deux cases. Un passage descriptif peut devenir un décor en arrière-plan. Une pensée du personnage peut devenir un cartouche ou rester implicite dans son expression.
Partir d’une situation de classe ou de vie quotidienne
Une autre entrée consiste à proposer une situation simple : un objet perdu, un malentendu, une dispute réglée, une règle de jeu incomprise, une arrivée en retard. Ces situations parlent aux élèves et permettent de travailler l’efficacité narrative. La réussite ne dépend pas d’un univers complexe. Elle dépend de la clarté.
On peut demander aux élèves de résumer leur projet en une phrase avant de dessiner : « Un élève croit qu’on lui a volé son crayon, mais il l’a rangé dans son livre. » Si cette phrase n’est pas claire, la planche risque de ne pas l’être non plus. Cette étape courte évite de longues reprises au moment du dessin.
Faire produire à plusieurs sans perdre le fil
Le travail en binôme fonctionne bien, à condition de donner des rôles provisoires et interchangeables. Un élève peut être responsable du scénario, l’autre du découpage, puis les rôles changent. Il ne s’agit pas de désigner “celui qui dessine” et “celui qui écrit”, car cela fige les élèves dans leurs forces ou leurs difficultés.
Un groupe de trois peut convenir pour une planche plus longue, mais il demande une vigilance supplémentaire. Plus le groupe est grand, plus certains se retirent. On peut alors imposer une trace individuelle : chaque élève propose au moins une case au brouillon et justifie son choix.
Un exemple conduit en classe : lire le blanc entre deux cases
On projette ou affiche une courte suite de trois cases sans les bulles. Case 1 : un enfant court dans un couloir avec un cahier à la main. Case 2 : la maîtresse regarde le sol, surprise. Case 3 : l’enfant est accroupi et ramasse des feuilles éparpillées. La scène est volontairement simple. Elle permet de travailler l’ellipse.
On laisse d’abord un temps de lecture silencieuse. Puis on demande : « Que voit-on, sans inventer ? »
« Il y a un enfant qui court. »
« Il tient un cahier. »
« Après, la maîtresse regarde par terre. »
« À la fin, les feuilles sont tombées. »
On distingue alors observation et interprétation. On note au tableau deux colonnes : ce qu’on voit, ce qu’on pense. On reprend : « Est-ce qu’on voit le cahier tomber ? » Les élèves répondent non. « Alors, comment sait-on qu’il est tombé ? »
« Parce que les feuilles sont par terre. »
« Parce qu’il ramasse. »
« Parce que la maîtresse est surprise. »
On nomme le blanc entre deux cases. On explique que le lecteur fabrique une partie de l’action. Puis on demande une phrase pour ce qui s’est passé entre la case 1 et la case 2. Plusieurs formulations apparaissent : « Il a glissé », « Il a fait tomber son cahier », « Il a bousculé quelqu’un ». On vérifie chaque hypothèse avec la case 3. Si rien ne montre une autre personne, l’hypothèse de la bousculade reste possible, mais moins appuyée.
Vient ensuite le travail sur les bulles. On propose d’ajouter une parole par case, pas plus. La contrainte oblige à choisir une parole utile.
« Je suis en retard ! »
« Oh ! Qu’est-ce qui s’est passé ? »
« J’ai tout fait tomber… »
On lit la scène avec ces bulles, puis on demande : « Est-ce qu’on comprend mieux ? Est-ce qu’on comprend autre chose ? » Les élèves remarquent que le retard explique la course. On peut alors essayer une autre version.
« J’ai fini mon exercice ! »
« Attention ! »
« Mon cahier ! »
La même suite d’images produit une scène un peu différente. Les élèves comprennent que le texte ne répète pas l’image. Il l’oriente. Pour finir, chaque binôme crée une quatrième case. Certains montrent l’enfant qui remet les feuilles dans l’ordre. D’autres montrent la maîtresse qui aide. D’autres ajoutent un camarade qui rit. On fait lire quelques propositions et on demande : « Quelle suite respecte le mieux ce qu’on sait déjà ? Quelle suite change le ton de l’histoire ? »
Ce type de séance prépare directement la production. Les élèves ont manipulé l’ellipse, la bulle, la cohérence et le ton sans recevoir une leçon abstraite. Ils ont aussi compris qu’une case ajoutée modifie l’ensemble du récit.
Quand la bande dessinée résiste : limites et ajustements
La bande dessinée ne règle pas toutes les difficultés de lecture. Certains élèves se perdent dans la page, surtout quand la composition est irrégulière. Ils ne savent plus quelle case lire après laquelle. Dans ce cas, choisis d’abord des planches à organisation claire. On peut aussi faire tracer le trajet de lecture avec le doigt, puis faire verbaliser : « Je lis cette case, puis celle-ci, parce qu’elle est à droite », ou « Je descends à la bande suivante ».
D’autres élèves s’appuient trop sur l’image et négligent le texte. Ils racontent une histoire plausible, mais pas celle de la planche. Il faut alors revenir aux preuves. Demande : « Quelle bulle te permet de dire cela ? Quel détail du dessin le confirme ? » Cette exigence rapproche la lecture de bande dessinée de la lecture littéraire ordinaire : une interprétation se justifie.
À l’inverse, certains très bons lecteurs de textes longs méprisent la bande dessinée. Ils la jugent trop facile ou trop enfantine. On peut leur confier des tâches d’analyse plus fines : repérer une ellipse, comparer deux cadrages, expliquer l’effet d’une case muette, transformer un dialogue trop long en deux bulles efficaces. La complexité apparaît dès qu’on regarde la fabrication.
La production pose aussi une difficulté matérielle : le dessin prend du temps. Si on laisse les élèves chercher la perfection graphique, la narration s’efface. Fixe une règle simple : une planche doit être lisible avant d’être belle. Autorise les personnages simplifiés, les décors réduits, les symboles. On peut demander un brouillon en vignettes minuscules avant la version finale. Si le brouillon ne se comprend pas, la grande feuille ne corrigera pas le problème.
Pour les élèves qui écrivent lentement, la bulle est à la fois une aide et un piège. Elle contient peu de texte, mais ce texte doit être juste. On peut faire dicter les bulles à un pair lors du brouillon, puis faire recopier seulement la version choisie. On peut aussi imposer des bulles courtes. Une bande dessinée remplie de longues phrases devient vite illisible.
Enfin, certaines œuvres demandent des références culturelles, historiques ou humoristiques que les élèves ne possèdent pas encore. Cela ne signifie pas qu’il faut les écarter systématiquement. Il faut simplement prévoir un appui : expliquer un contexte, observer une image isolée, clarifier un mot, comparer avec une situation connue. Si chaque case demande une explication longue, la planche n’est pas le bon support pour cette séance.
Évaluer sans réduire la création à un dessin réussi
L’évaluation gagne à porter sur des critères visibles. On peut annoncer ces critères avant la production. Les élèves savent alors ce qu’ils doivent réussir : une histoire compréhensible, un ordre de lecture clair, des bulles attribuées au bon personnage, des images qui apportent une information, une fin lisible.
- Lisibilité du récit : on comprend la situation, le problème et la fin.
- Découpage : chaque case montre un moment utile, sans répétition inutile.
- Relation texte et image : les bulles complètent l’image au lieu de tout répéter.
- Repères de lecture : l’ordre des cases et des bulles ne prête pas à confusion.
- Soin fonctionnel : le dessin, même simple, permet d’identifier les personnages et les actions.
Une mise en commun courte suffit souvent. On affiche quelques productions et on fait lire par des élèves qui ne les ont pas créées. Leur lecture révèle immédiatement les réussites et les zones floues. Si un lecteur hésite sur l’ordre des cases, le groupe cherche comment améliorer la planche. Si une bulle semble prononcée par le mauvais personnage, on déplace la queue de bulle ou on modifie la place du texte.
Cette relecture par les pairs doit rester centrée sur le fonctionnement de la bande dessinée. On évite les jugements vagues comme « c’est beau » ou « ce n’est pas bien dessiné ». On demande plutôt : « À quel moment as-tu compris le problème ? », « Quelle case t’a aidé ? », « Où as-tu hésité ? » Les élèves apprennent ainsi à réviser une production visuelle et écrite, avec des critères concrets.
On peut conserver les brouillons. Ils montrent les choix successifs : une case supprimée, une bulle raccourcie, un personnage déplacé, une fin clarifiée. Cette trace aide les élèves à comprendre que créer une bande dessinée, ce n’est pas remplir des cases. C’est organiser une lecture pour quelqu’un d’autre.
- Ce qui coince : les élèves lisent les bulles mais ne regardent pas les images. Revenir à une case sans texte et demander : « Qu’est-ce que l’image raconte seule ? »
- Ce qui coince : la planche fabriquée devient une suite de dessins sans récit. Faire écrire une phrase par case avant le dessin, puis vérifier qu’il y a un début, un problème et une fin.
- Ce qui coince : les bulles prennent toute la place ou se lisent dans le désordre. Faire placer les bulles au crayon avant les dessins définitifs et tracer le sens de lecture avec le doigt.
- Ce qui coince : certains élèves pensent qu’il faut bien dessiner pour réussir. Installer le critère principal : une BD réussie se comprend. Les personnages peuvent être simples si les actions et les paroles sont lisibles.
- Pour les élèves fragiles : proposer un gabarit à 4 cases, une banque de débuts de phrases et des bulles déjà tracées. Autoriser la dictée à l’adulte pour le scénario.
- Pour ceux qui vont vite : ajouter un changement de cadrage, une ellipse entre deux cases ou une chute plus travaillée. Demander une relecture avec amélioration des dialogues.
- Amenagements : agrandir les planches à lire, limiter la quantité d’écrit, accepter un dessin schématique si la narration reste claire.
Lire une BD, c’est apprendre à relier texte, image et ordre des cases avant de produire sa propre planche.
Questions fréquentes
Ce qu’on nous demande
comment travailler la bande dessinée en CM1 ?
On commence par lire des planches courtes pour repérer les codes : cases, bulles, cartouches, onomatopées. Ensuite, on fait fabriquer une planche brève, avec un scénario découpé en quelques moments.
quels objectifs pour une séquence bande dessinée en primaire ?
Les élèves apprennent à comprendre un récit qui passe par le texte et par l’image. Ils apprennent aussi à organiser une narration courte et à rendre une planche lisible pour un lecteur.
comment évaluer une bande dessinée en classe primaire ?
On évalue surtout la compréhension du récit, l’ordre de lecture, le lien entre les bulles et les images, et l’emploi de quelques codes de la BD. La qualité artistique du dessin ne doit pas devenir le critère principal.



